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De Bamako, les voeux du Père Pierre Landreau pour 2014.
Article mis en ligne le 29 janvier 2014
dernière modification le 3 septembre 2014

par BFCM
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Courrier du Père Pierre Landreau NOUVEL AN 2014

Bien chers parents et amis,
C’est toujours avec plaisir que j’ai écouté ou lu les « contes de Noël ». Cette année, en guise de vœux pour le nouvel an, ce n’est pas un conte que je vous envoie mais une histoire vraie, qui vient de m’être narrée entre Noël et le nouvel an. C’est celle d’une musulmane devenue chrétienne et qui de Kita est passée par Nioro du Sahel puis Gao pour aboutir finalement à Bamako. Elle a accepté que je fasse connaître son témoignage, alors je lui laisse la parole.

« Je suis née dans une famille musulmane, et mon père n’aimait pas du tout les chrétiens. Une de mes grandes sœurs faisait la catéchèse à l’école de la mission à Kita, où nous avions été mises, car cette école avait une bonne réputation, et au moment d’être baptisée, mon père s’est farouchement opposée, et l’a chassée de la maison avec la grand-mère qui la soutenait. Tout cela s’est passé devant moi : j’étais petite, mais je me rendais compte que les musulmans n’étaient pas tous d’accord sur la façon de faire, mais que par contre le chemin des chrétiens était un chemin droit. Moi aussi j’ai choisi de suivre la catéchèse, mais je n’ai rien dit à mon père, et quand le moment est venu de recevoir le baptême, et qu’on m’a demandé si j’étais d’accord, j’ai dit que je voulais attendre le moment où le Seigneur me présenterait une occasion favorable.
Quelques années plus tard j’ai fait connaissance avec un jeune homme chrétien, mais pour la famille, il n’était pas question de donner leur fille à un chrétien. Finalement j’ai eu un enfant avec lui, et je ne peux pas te dire tout ce que j’ai souffert dans ma famille, ce que j’ai pu entendre et subir : mon fils n’avait pas le droit de manger la nourriture préparée à la maison. Mon grand frère m’a dépouillé de tout ce que je pouvais avoir, lui et mon père faisaient tout pour trouver une raison pour me chasser de la maison. Un jour, mon frère est venu me réclamer les papiers concernant la retraite de mon père, m’accusant de les avoir volés. Je lui ai répondu que je n’avais rien pris, mais lui s’est fâché et m’a dit : « Si tu ne les rends pas, je te tue ! » Je me suis sauvé et j’ai pleuré, pleuré et j’ai prié en m’adressant à Jésus : « Vois dans quelle situation je me trouve, et tout cela parce que j’ai choisi de te suivre, viens à mon secours ! » Quand je suis revenue à la maison j’ai entendu qu’on disait qu’on avait retrouvé les papiers dans la valise de mon père …
La grosse question était de savoir si je pouvais enfin me marier avec le père de mon fils. Mon père a consulté ses amis et, parmi eux, un marabout (un imam) qui lui a dit : « Si tu veux t’opposer à ce qu’un chrétien marie ta fille, tu as le droit, mais sache que d’après le Coran, le chemin des chrétiens est le vrai chemin qui mène à Dieu, et que Jésus a reçu de grandes faveurs qui le distinguent de tous les autres prophètes, et que c’est lui qui viendra nous juger à la fin du monde, au jour de la résurrection. Ce n’est pas la Bible qui parle, mais le Coran ! » Cette parole a marqué mon père et l’a fait réfléchir.
A partir de ce jour, son comportement a complètement changé envers moi. Devenu aveugle, il venait parfois frapper à la porte de ma chambre avec son bâton, quand j’étais en retard, pour me rappeler que c’était l’heure de la messe ! Et finalement il a consenti à ce que le mariage puisse se faire, et pour moi, c’était l’occasion favorable pour recevoir le baptême tant attendu.
Et depuis ce jour, je sais que je peux compter sur le Christ, qu’il est toujours auprès de moi. J’en ai la certitude, et ce qui nous est arrivé l’an dernier à Gao me le confirme. C’était à la veille des Rameaux 2012. Les Pères Blancs de la paroisse venaient de fuir, au moment de la prise de Gao par les rebelles (djhadistes d’Al Qaïda, et indépendantistes du MNLA). Mon ancien curé, ayant appris la nouvelle de la prise de Gao, nous téléphone de Bamako pour nous demander si tout se passe bien pour nous. Nous lui répondons que ça va très mal et que les rebelles sont dans le salon, et que nous nous sommes enfermés tous les sept (parents et enfants) dans une des chambres. Et lui nous a dit de nous mettre à prier avec confiance et que tout allait bien se passer. Nous avons dit le chapelet et prié ainsi de 11 heures du soir à 5 heures du matin quand finalement ils sont partis. (Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut savoir que notre maison est composée d’un salon au milieu et de quatre chambres, deux de chaque côté du salon.)
Pendant la nuit, ils ont absolument tout pris, ainsi que le contenu des trois autres chambres, mais ils n’ont pas ouvert la quatrième chambre où nous étions. C’est comme s’ils n’avaient même pas vu la porte ! Dans notre chambre, il y avait un bébé de deux mois : eh bien, il n’a pas poussé un seul cri de toute la nuit… Ils étaient venus réclamer les clés des véhicules du service dont mon mari est le responsable (service de lutte contre les criquets, les oiseaux, destructeurs des récoltes). De toute façon, clés ou pas, mon mari était un homme mort ! Comme le gardien ne répondait pas à leurs questions, disant qu’il ne savait rien, ils l’ont aussi harcelé brutalement, jusqu’à violer sa femme et sa fille de treize ans devant lui.
C’est ainsi que nous avons échappé miraculeusement à la mort et à toutes sortes de violences. Nous sommes alors sortis de la chambre, un par un, pour nous faufiler et rejoindre en ville un car où heureusement nous avons pu avoir une place, pour aller péniblement à Niamey puis Bamako. »

Je vous laisse le soin de conclure.
Mais voici la conclusion de celle qui a donné ce témoignage :
« Vraiment, rien ne pourra me séparer de l’amour du Christ pour nous ! »

Bonne et heureuse année, avec mes vœux de paix, de joie de bonheur avec une excellente santé.
Avec toute mon amitié.

Pierre Landreau
Paroisse Saints Martyrs de l’Ouganda
BP298 - BAMAKO -Mali

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