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Dire la mort à un enfant
Article mis en ligne le 15 février 2010
dernière modification le 5 février 2013
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La mort est souvent un sujet tabou dans notre société moderne. Quand elle survient, les adultes se trouvent démunis, sans mots. Quand et comment parler de la mort aux enfants ? Que leur dire de ce mystère et de l’espérance chrétienne ?

Isabelle, du haut de ses 4 ans, demande ce qu’est la vieillesse. Sa maman lui explique qu’après une longue vie, avant de mourir, on est vieux. Quelques jours plus tard, au marché, montrant du doigt une personne âgée, l’enfant s’exclame : « Regarde, maman ! La dame, elle est presque morte ! » Comment parler de la mort à un enfant ? Le plus simplement possible. Parce que la mort fait partie de la vie. Et parce que l’enfant a besoin d’être accompagné face à ce mystère et cette blessure de la disparition.

Mère, grand-mère, bientôt arrière-grand-mère, Denise, 73 ans, se souvient très bien du silence qui a entouré la mort de son petit frère : « J’avais 7 ans. À peine ai, je vu le bébé qui venait de naître que j’ai été expédiée chez mon grand-père sans en connaître la raison. En fait, mon frère prématuré avait une malformation cardiaque inopérable pendant la guerre. Il a vécu deux semaines. Mon grand-père m’a appris sa mort, sans manifester d’émotion et sans se préoccuper de ce que je comprenais. De retour chez mes parents, j’ai cru que j’avais rêvé ce bébé : aucune trace de sa naissance, le berceau avait été enlevé, pas une larme, et surtout un grand silence, comme si rien ne s’était passé. J’ai pensé que la mort d’un enfant n’avait pas d’importance. Je me sentais menacée : ma vie ne valait rien. Il m’a fallu des années pour retrouver confiance. »

À trop vouloir protéger l’enfant, on crée une blessure plus profonde encore. « Ce qui traumatise l’enfant, c’est de cacher, ne pas dire, ou pire encore : mentir » explique Isabelle Hanus, vice-présidente de l’association « Vivre son deuil Ile-de-France ». En même temps, il n’est pas question de confronter l’enfant trop violemment avec la réalité de la mort. Dire simplement et « parler vrai »... Un juste équilibre difficile qui dépend de l’âge de l’enfant, de la relation qui le lie à la personne décédée et aussi de la propre peine de l’adulte qui l’accompagne.
LES MOTS SIMPLES FONT TOMBER LES PEURS

Paul, 15 mois, est mort dans son sommeil. Quand ses parents sont passés dans sa chambre, il était trop tard : tout a été tenté, les pompiers et le Smur pédiatrique sont arrivés très vite, mais il n’y avait plus rien à faire. Le matin, il a fallu dire à ses trois frères aînés ce qui s’était passé. « Nous voulions à tout prix éviter des mots trompeurs, comme dire qu’il s’était "endormi’, se souvient Sandrine, sa mère. Nous les avons réunis et nous leur avons dit que leur petit frère était mort. Ils ont posé toutes les questions qui leur venaient à l’esprit et nous avons essayé de répondre patiemment. Ensuite, nous sommes allés auprès de Paul, pour être pleinement dans la réalité. » Associés au drame familial, les enfants avaient leur mot à dire : trois jours plus tard, devant son petit frère dans le cercueil blanc, Martin, 4 ans, s’exclame : « Ah ! Mais c’est son baptême... » Un vrai clin d’oeil pour la maman : « Il m’a soufflé une manière de réagir : Paul allait vivre une nouvelle vie dans le cœur de Dieu. »

Il faut parler de la mort, même quand elle rode... « Si tu dis "mourir" dans un hôpital, personne n’entend ; tu peux être sûr qu’il va y avoir un trou d’air et qu’on va parler d’autre chose ! », s’exclame Oscar, dans le petit livre d’Éric-Emmanuel Schmitt « Oscar et la dame Rose (1). « La mort, c’est quand on a fini de vivre ! », disait Françoise Dolto. Il ne faut pas chercher plus loin : les mots simples font tomber les peurs. Et il n’est jamais trop tôt. Bien sûr, il n’est pas question d’entretenir autour de l’enfant un climat funeste, mais comment lui faire comprendre que la mort est tout autre chose que ce qu’il voit à la télévision, ce qui anime la cour de récréation ou, plus encore, les jeux informatiques ? « Finalement, la société surexpose les enfants à la question de la mort, mais nous avons peu de mots pour parler vraiment de la disparition de nos proches, constate Delphine Saulière, journaliste à Okapi, le magazine des 10-15 ans. C’est logique : on a plutôt envie de les voir vivre, grandir, bouger ! »

Et pourtant. Les parents peuvent saisir mille occasions pour parler de la mort. Sans banaliser : il est important de leur faire comprendre le caractère définitif du décès, on n’a pas « plusieurs vies », comme dans les jeux vidéo... Sans dramatiser non plus : les parents qui n’auraient pas eux-mêmes réfléchi à la mort pourraient transmettre leurs peurs. « Parler de la mort ne doit pas nous empêcher de vivre ! » souligne Delphine Saulière. Car les enfants n’ont pas peur ; ils ont besoin de comprendre. « Même petits, ils ont un sens très aigu du mystère de la vie, confirme l’auteur du « Petit livre de la mort et de la vie » (1), qui a interrogé des dizaines d’enfants sur le sujet. On leur explique avec joie les débuts de la vie : pourquoi hésitons-nous à leur parler de la fin de l’existence ? »

Les fleurs qui dépérissent ou les feuilles d’automne qui volent sont déjà, des occasions possibles pour parler de la vie qui s’arrête. Bien souvent, c’est la mort d’un animal familier (lire p. 44) qui va confronter l’enfant à la séparation et provoquer, selon l’âge, un flot de questions : « Où est-il ? » « Pourquoi il ne bouge plus ? » « Quand est-ce qu’il va se réveiller ? » Autant d’interrogations qu’il ne faut pas éluder. C’est une occasion de dialogue rare et précieuse. « Si vous voyez un enfant frappé par un deuil se refermer violemment sur lui-même, refuser la mort, nier son chagrin, faites-le pleurer, conseille la comédienne Anny Duperey, dont les parents sont morts asphyxiés quand elle avait 8 ans. Videz-le de son chagrin pour que ne se forme pas tout au fond de lui un abcès de douleur qui remontera à la gorge plus tard. Le chagrin cadenassé ne s’assèche pas de lui-même. »(1) Il est bon d’encourager l’enfant à exprimer ses émotions, même pour la mort du poisson rouge.
SAVOIR FAIRE CONFIANCE À L’ENFANT

Les enfants qui ont hérité d’une éducation chrétienne ont un peu d’avance sur l’approche de la mort. L’éveil religieux ou le caté abordent évidemment la vie, la mort et la résurrection de jésus... « À la mort de la colombe, attaquée par un chat, les enfants ont voulu faire un enterrement, se souvient Étienne, 42 ans, père de quatre enfants. Ils ont même fabriqué une croix qu’ils ont plantée dans le parterre, à l’endroit où l’oiseau avait été enterré. J’étais un peu gêné du symbole, mais après tout : nous n’entendions plus la colombe roucouler dans la maison et les rites me paraissent importants pour réaliser l’absence. »
Intrigués à chaque fois qu’ils passaient devant le cimetière lors de leur promenade à vélo, les enfants de Véronique avaient pris l’habitude de s’arrêter et de sillonner les allées, au milieu des tombes. « Je ne voyais pas comment les en empêcher, explique la maman. Ils n’avaient pas vécu de deuil et il n’y avait pas d’inquiétude dans leur démarche, mais simplement une curiosité qui, après tout, paraît assez naturelle. » Quelques années plus tard, pour l’enterrement de leur grand-père — dans un autre cimetière — la peur de l’inconnu ne s’ajoutait pas à la peine.

Alors, faut-il emmener les enfants à l’enterrement ? Au cimetière ? Doivent-ils aller voir leur grand-père à l’hôpital ?
Quand la mort s’annonce, faut-il leur dire ce qui se passe ? Doit-on laisser l’enfant approcher et toucher le corps mort de son papa, de sa grand-mère ? Le premier critère est tout d’abord le désir de l’enfant. Il sent ce qu’il peut vivre et ce qui le dépasse. Quand Sophie et Antoine ont appris que leur bébé attendu ne vivrait pas très longtemps après sa naissance à cause d’une malformation, ils ont choisi d’en parler aux deux grandes soeurs, 3 et 5 ans. « On s’est dit qu’elles allaient sentir notre désarroi et qu’elles l’attendaient autant que nous, ce petit frère ! » Les questions viennent, petit à petit : « Et tu crois qu’on peut le réparer, son coeur ? » La petite famille parle de la mort, avant de la vivre. Quinze jours après, Raphaël vient au monde. Il est mort le lendemain. « Les filles ont voulu le voir, le toucher... Elles l’avaient eu dans leurs bras dès sa naissance, et maintenant elles parlent autour de lui : "Il est doux, il sent bon, pourquoi il est mort ? Il est tout froid !" C’était émouvant et très serein. »

La peine des parents est immense, mais ils ont senti combien il était essentiel pour chacun que le petit bonhomme trouve sa place dans l’histoire familiale. « Il faut vraiment faire confiance à l’enfant, explique Agnès Auschitzka, psychologue et journaliste à La Croix (4). L’enfant peut tout supporter et il y a des drames beaucoup plus traumatisants que le deuil. » Pourvu qu’on l’accompagne avec attention. Lors d’un décès au sein même de la cellule familiale – la mort d’un des deux parents, ou d’un frère, d’une soeur – le papa ou la maman sont tellement envahis par la douleur et leurs propres questions qu’ils ne peuvent pas toujours être réellement disponibles à l’enfant. Et celui-ci aura tendance, très souvent, à « protéger » l’adulte, à éviter les questions, à être « bien sage » pour ne pas faire de peine... Pendant l’enterrement et même après, un proche peut l’accompagner, être à son écoute : « L’enfant sait que l’adulte qu’il aime lui veut du bien : il peut l’écouter et lui faire confiance. »
OSER DIRE SA FOI EN LA RÉSURRECTION

Bien sûr, les adultes sont bouleversés parle chagrin et aspirés par les funérailles à organiser. Ils laissent trop souvent les enfants de côté, espérant les protéger. Il est capital pour l’enfant de comprendre ce qui se passe autour de lui. Anne, 51 ans, reste encore très marquée par un poids écrasant : « J’avais 11 ans quand mon grand-père est décédé. je l’aimais bien, mais nous étions vingt-huit petits-enfants elle n’avais pas de liens privilégiés avec lui. Pendant que les adultes étaient ensemble, j’ai retrouvé une cousine. Tout à notre joie, nous avons écouté de la musique et dansé... Quand les parents sont revenus, ils étaient choqués : nous étions irrespectueuses de notre grand-père ! Une grande honte m’a tourmentée longtemps et quarante ans après j’en suis encore meurtrie. » De même, il arrivera que les enfants rejouent l’enterrement, se mettent à discuter avec le défunt... Autant d’attitudes qui pourraient sembler maladroites aux yeux des adultes, et pourtant : tout est prétexte à un échange, à un dialogue.

Pourvu qu’on lui donne la possibilité de s’exprimer, l’enfant n’a pas le réflexe pudique de retenir les vraies questions : « Tu crois que mamie va mourir ? A quoi ça sert de vivre si c’est pour mourir ? Il va avoir froid dans son cercueil ! » Il ne s’agit pas de raisonner, de se lancer dans de grandes démonstrations : ce qui importe n’est pas toujours directement perceptible. « Il faut renvoyer à l’enfant délicatement sa question. Toi, tu penses que Mamie va mourir ? Qu’est-ce qui t’inquiète ? » , souligne Agnès Auschitzka.

Ensuite, l’adulte peut confier sa perception des choses en précisant bien à l’enfant qu’il s’agit de sa réponse. Plus largement encore, le parent peut dire l’espérance chrétienne qu’il partage ou que les chrétiens partagent. La mort est un mystère... que l’Église accompagne dans la majorité des cas, puisque les enterrements restent une pratique bien ancrée. Les équipes d’accompagnement des funérailles savent maintenant donner une place aux membres de la famille, même aux enfants. Déposer une fleur sur le cercueil, tenir une bougie... Autant de signes qui vont s’inscrire dans la mémoire, faire entrer l’enfant dans cet événement ultime de la vie. Là encore, les adultes peuvent parler en vérité de leur foi en la Résurrection, redire que la mort est la fin de quelque chose, mais qu’elle n’est pas la fin de tout. Comme la chenille a bien du mal à imaginer ce que peut être la vie légère du papillon, dire aussi qu’on ne sait pas vraiment ce que sera la vie après... Mais que nous croyons Jésus-Christ, mort et ressuscité, quand il nous annonce que Dieu ne nous abandonne pas à la mort et à la tristesse. Celui qui est mort n’est plus là, au milieu de nous, mais mystérieusement, il est encore avec nous, dans notre coeur.

« En fait, il n’y a pas de frontière bien établie qui définirait ce qu’il faut dire ou ne pas dire, faire et ne pas faire, complète Agnès Auschitzka. La bonne manière, c’est être soi-même. Les parents doivent être vraiment confiants dans ce qu’ils font, ce qu’ils vivent, et l’enfant pourra à son tour vivre ce deuil qui le touche. » Bien sûr, lorsque la mort est dramatique ou violente, comme lors d’un suicide, un accompagnement extérieur et psychologique est précieux, voire indispensable. Ce n’est plus seulement le deuil qui est difficile à vivre : ce sont toutes les implications psychologiques, ou encore la situation matérielle qui évolue avec le décès d’un parent, ce qui peut impliquer un déménagement, un changement d’école... « Ce n’est pas toujours le chagrin qui est le plus dur, mais les changements qui découlent du décès, explique Isabelle Hanus, coauteur de « La mort, j’en parle avec mon enfant » (1). Il est essentiel de rassurer l’enfant, lui faire comprendre que la vie continue. »Car l’appel de la vie est plus fort. À l’image de Florent, 6 ans, qui découvre ses parents effondrés à l’annonce du décès d’un de leurs amis dans un accident de voiture. L’enfant vient les consoler, les embrasser... Puis, au bout d’un moment, s’exclame fermement : « Bon, moi j’ai faim, maintenant ! Quand est-ce qu’on mange ? »


CHRISTOPHE HENNING (Numéro spécial de "Panorama")

(1)« Oscar et la dame Rose », Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel (2002).

(2)« Le petit livre de la mort et de la vie », D. Saulière, Bayard (2005).

(3)« Le voile noir », Anny Duperey, Le Seuil (1992).

(4)« Quelqu’un que tu aimais est mort », Agnès Auschitzka, Bayard (1997).

(5)« La mort, j’en parle avec mon enfant », Dr Michel Hanus et Isabelle Hanus, Nathan (2008).

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