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Jean Vanier : "Ce sont les personnes marquées par un handicap qui m’ont transformé"
Article mis en ligne le 23 août 2010
dernière modification le 5 février 2013
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Connu pour être un ardent défenseur des handicapés mentaux, Jean Vanier est une des grandes figures de notre temps. Le fondateur de la communauté de l’Arche revient sur l’accueil de la fragilité comme moteur de la vie spirituelle.

Jean Vanier, avant de fonder la communauté de l’Arche, vous avez d’abord été officier de marine dans l’armée anglaise. Pourquoi avoir changé, à ce point, de cap ?

 Lorsque j’ai quitté la Navy, je n’avais qu’un désir : devenir un disciple de Jésus-Christ et in­carner le message de l’Evangile. Je ne savais pas encore comment Mais j’étais sûr que je reconnaî­trais ma voie le moment venu. J’ai grandi dans une famille profondément catholique. Canadiens, mes parents, en dépit de leur vie occupée et de leur position sociale, consacraient chaque jour une demi-heure de leur temps à la prière silencieuse. Mon père, qui mena une brillante carrière de di­plomate, incarnait l’homme juste. Quand je lui fis part de ma détermination, à l’âge de 13 ans, en 1941, de traverser l’océan atlantique au milieu des sous-marins allemands pour rejoindre le collège de la Royal Navy en Angleterre, où les bombarde­ments faisaient rage, il me répondit : « Je te fais confiance. Si c’est là ce que tu veux faire, tu dois le faire. » Ce faisant, il me donna véritablement la vie car j’ai su dès lors que je pouvais avoir confian­ce en moi et en autrui pour faire ce qui devait être accompli. Fût-ce sous une forme inattendue.

Très vite, vous vous êtes senti attiré par le service des pauvres ?

 Oui. J’ai rencontré en 1950 le père Thomas Philippe, dominicain, théologien et philosophe, qui devint mon père spirituel et un ami. En l’écoutant, je me sentais transformé et je sentais la présence de Dieu. Il m’apprit que pour prier, il ne suffit pas de réciter des prières, mais qu’il faut rester calme, en présence de Dieu, être simplement en communion avec Jésus. Au fil de ma vie, cet enseignement spirituel n’a cessé de me nourrir et ma prière, de fait, s’est simplifiée. Elle est devenue une amitié avec le Christ, un amour. Le père Thomas m’encouragea aussi à faire un doctorat en théologie et philosophie au terme duquel
j’ai donné des cours d’éthique à des étudiants au Canada. Mais un an seulement, car je cherchais un mode de vie plus enraciné dans l’Evangile. Le déclic se produisit lorsque je visitai, dans le village de Trosly-Breuil (6o), le Val Fleuri. Un établissement où le Père Thomas avait été nommé aumônier et qui accueillait des déficients intellectuels.. Touchés par eux, je visitai des hôpitaux psychiatriques. La situation des handicapés mentaux y était épouvantable. C’est alors que j’ai acheté à Trosly-Breuil une petite maison et lui ai donné pour nom « l’Arche ». Très vite, le 5 août 1964, j’y accueillis Raphaël et Philippe. Ils avaient été enfermés à la mort de leurs parents dans un établissement lugubre. Avec eux, j’ai su dès le début que mon engagement auprès des handica­pés était pour la vie.

Pour quelles raisons ?

 J’ai trouvé dans ces hommes et ces femmes un besoin criant de relation, une beauté qui avait été annihilée. A n’en pas douter, ils étaient précieux aux yeux de Dieu. Il me semblait juste et même indispensable de combattre l’injustice de leur si­tuation. A défaut de faire quelque chose à grande échelle, je pouvais au moins vivre avec quelques-uns, les aider à mener une vie décente et à être libres d’être eux-mêmes. C’est, je le redis, ma foi dans le message de l’Evangile qui m’a ouvert les yeux sur leur valeur. A vrai dire, je me suis conten­té de faire confiance et d’aimer. Et je peux dire que ce sont eux qui m’ont transformé. De même qu’ils transforment les assistants – dont aujourd’hui beaucoup de jeunes bénévoles du monde entier – qui vivent en communauté avec eux.

Recueilli par Jean-Claude Noyé (Revue « PRIER » N° 324 bis septembre 2010)


Biographie :
Jean Vanier est né en 1928 au Canada. Après avoir démissionné en 1950 de la Royal Navy, il rencontre Thomas Philippe, dominicain, son père spirituel. Son doctorat de philosophie en poche, il s’installe en 1964 à Trosly-Breuil (60) avec deux handicapés mentaux. Ainsi débute la grande aventure des communautés de vie de l’Arche (134) et de Foi et Lumière (1500). Sur les cinq continents, des personnes atteintes de déficience mentale y vivent avec des personnes valides.

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