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La Centrafrique a reçu le Pape François... un témoignage : comment y vit-on ?.
Article mis en ligne le 25 novembre 2015
dernière modification le 2 décembre 2015

par BFCM
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La Centrafrique a reçu le Pape François.

Un témoignage nous a été transmis,
“il peut nous aider à être solidaires de peuples en grande souffrance et nous inciter à prier pour soutenir le pape François dans son voyage à Bangui.”

Bocaranga, le 05/11/2015
Bien chers sœurs, amis(es).
Un très chaleureux bonjour depuis cette terre tourmentée de la RCA, de Bocaranga où je suis bien arrivée après un temps de congé.
Il a fallu 10 jours pour que je puisse arriver dans ma communauté en passant par le Cameroun.
L’insécurité est partout, difficultés aux frontières, routes impossibles et beaucoup de pluies. Malgré tout cela je suis bien arrivée, mes sœurs m’attendaient pour repartir ensemble sur le chemin de la mission.
J’aimerais vous partager ce qui se passe dans ce pays, ce que nous vivons et endurons chaque jour et ce qui m’habite.
La RCA s’est enfoncée dans une spirale de violence et de haine profonde. Nous avons un gouvernement de transition très faible, incapable de gérer la réalité du pays. Il y a des bandes armées sur tout le territoire et ils font la loi. Ils sont à la recherche des richesses, assoiffés de pouvoir et ils n’hésitent pas à tuer.
Des pays étrangers soutiennent les ex Selekas(rebelles) : la France, le Tchad, le Soudan. Les Antibalakas sont soutenus par la Chine et l’Afrique du Sud. Tous convoitent les richesses de ce pays : or, diamant, uranium, bois…. Ils fournissent des armes tantôt aux uns, tantôt aux autres.
Dans un tel contexte d’affrontement entre les hommes, les ethnies, les religions, comment peut-on parler de Paix ?
Tous ont commis des atrocités… et cela continue.
J’ai l’impression que la PAIX est morte dans ce pays, que la piété, le respect, le dialogue ont été arrachés du cœur des gens.
Dans la capitale, tous les jours il y a des meurtres, des violences et cela malgré la présence imposante des casques bleus de l’ONU et des Sangaris français.
Les quartiers sont contrôlés par les différents groupes armés. Les routes qui, de la capitale, vont vers les provinces sont parsemées de postes de contrôles des antibalakas qui rançonnent les gens qui osent voyager.
Dans notre région de Bocaranga, à 30 km, vers la frontière du Cameroun, il y a plus de 300 éleveurs peuls, puissamment armés, qui attendent un signal pour attaquer les villages. L’année passée ils ont été spoliés de leurs troupeaux, beaucoup d’entre eux ont été tués. Maintenant ils veulent se venger, ils ne peuvent pas oublier la tragédie qu’ils ont vécue …
Que de souffrances… le cœur des hommes est vraiment imprégné de violence, de haine, de désir de vengeance…
Et nous, sœurs de la charité, au service de ce peuple meurtri, des pauvres, nous respirons ce climat d’insécurité, d’angoisse, de peur quotidiennes où tout semble s’écouler, se taire… Nos cœurs sont lourds, nos esprits touchés par cette guerre qui ne finit pas…
Peut-on trouver des raisons d’espérer en RCA où les ombres obscurcissent
Le lumineux soleil ? Malgré cela, les activités ont repris. L’école primaire ste. Bakita a ouvert ses portes à la mi-septembre, avec beaucoup d’enfants tout joyeux de reprendre le chemin de l’école.
Le CEG et le Lycée Bienheureuse Nemesia ont repris seulement le 28 octobre car beaucoup de professeurs étaient à Bangui. Ils n’ont pas pu sortir de la ville à cause des affrontements entre les différentes milices. Il y a eu beaucoup de morts, de blessés, de gens qui ont fui en brousse…la tension était très forte.
Enfin, les professeurs avec leurs femmes et enfants ont pu quitter la ville et ils sont arrivés à Bocaranga sur un camion, la nuit du 26 octobre.
Nous les avons logés au centre des catéchistes. Sr. Céline et moi-même, nous sommes allées les saluer, écouter leurs difficultés durant le voyage, mais aussi partager leur joie d’être arrivés vivants.
Ils ont été vraiment courageux et le 28 octobre ils ont commencé les cours.
Les élèves les attendaient avec joie et impatience, heureux de voir leur école reprendre vie.
Fin novembre nous aurons la visite du Pape, si la sécurité revient à la capitale.
Ses paroles pourront-elles toucher, secouer la conscience des responsables politiques, de tout hommes de bonne volonté, pour qu’ils cherchent ensemble des chemins de Réconciliation et de Paix.
Les élections prévues pour décembre, auront-elles lieu ? Donneront-elles une chance à ce pays pour qu’une nouvelle VIE puisse renaître sur la cendre de la haine et de la violence ?
En ce moment, la mort et les ténèbres semblent dominer…
Ma vie aussi est traversée par un profond découragement. J’ai l’impression que tout s’écroule, que je travaille dans le vide… le ciel semble se taire, je ne sais pas comment je vis. Je me sens comme les disciples sur la route d’Emmaüs : sans espoir, sans un horizon où projeter le futur, la mission…
Faut-il que je passe par ce tunnel sombre, pour que la lumière monte du plus profond de mon âme, comme les premiers rayons de l’aurore qui chassent doucement la nuit et me révèlent le Visage de Celui qui est la PAIX.
Merci de nous aider à traverser la nuit par votre amitié et vos prières.
Soeur Maria Elena Berini *

* “Cette sœur appartient à la congrégation des Srs de la Charité de Ste Jeanne Antide Thouré, congrégation française qui s’est développée en Centrafrique. Lors du départ de notre congrégation des Srs Oblates de Ste Thérèse de Centrafrique en 2011, ce sont des sœurs de cette Congrégation qui nous ont remplacé à Bouar pour prendre en charge la direction de l’école catholique associée et travailler à la pastorale sur la ville et les villages alentours. ”
Note de Sr Lucie, Oblate de Ste Thérèse

Pour en savoir plus sur le voyage du Pape François


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