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La dépendance de l’alcool
Article mis en ligne le 19 juin 2010
dernière modification le 5 février 2013
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LA FEMME DE LA JULIEN BOIT PLUS QU’ELLE NE DEVRAIT

L’alcoolisme est une maladie difficile à vivre pour les malades, mais aussi pour leurs proches. Les enfants, les conjoints, tout le monde en est atteint. Mais que faire ? Il est parfois utile de se faire aider.

Julien est inquiet. Sa femme, Sabine (40 ans), mère de leurs deux enfants (8 et 10 ans), ne parait jamais ivre. Mais il constate qu’elle boit beaucoup aux apéros et aux repas, que leurs fêtes entre amis sont souvent pour elle l’occasion de boire bien plus que lui-même ne boit et il tremble à l’idée qu’elle pourrait tomber dans l’alcoolisme. il aimerait lui en parler, mais a peur de franchir le pas. Que doit-il faire ?

Julien a raison de s’inquiéter, ne serait-ce que pour ne pas être d’emblée de ceux qui mettent du temps, beaucoup de temps, à reconnaître l’alcoolisme de leur conjoint. Souvent, ce sont les proches, ou les enfants en âge de voir et de dire, qui font ouvrir
les yeux. Mais souvent, il est trop tard, et l’engrenage est largement mis en place. L’alcool est pervers et sournois, il s’immisce dans la vie familiale subrepticement et finit par ronger tous ceux qui vivent auprès du parent alcoolique. Le plus souvent, d’ailleurs, c’est le conjoint qui est le témoin privilégié de la descente aux enfers, comme si déteignait sur lui une dépen­dance dont il n’a pas même conscience. C’est pourquoi Julien est courageux d’af­fronter le problème de son épouse.

Une réalité difficile à admettre

Que lui conseiller ? Dans un premier temps, il peut se demander si Sabine a des raisons de boire. Ont-ils traversé des diffi­cultés particulières, a-t-elle des problèmes de travail, des problèmes familiaux graves par le passé ? Est-elle de nature inquiète, fragile ? Il arrive souvent que la dépen­dance s’installe chez des personnes qui ont peu d’estime d’elles-mêmes, des rela­tions affectives difficiles, ou qui traversent tout simplement une période de dépres­sion latente. L’alcool permet d’oublier, de se sentir bien, il désinhibe, rend moins timide, libère la parole. Il se peut que Sabine traverse une période difficile et que l’alcool agisse sur elle comme une béquille. il se peut aussi qu’elle ne boive que dans certaines circonstances, le week-end, lors de fêtes amicales, et qu’elle entre­tienne avec l’alcool une dépendance plus psychologique que physiologique. Si elle est d’un naturel équilibré, si elle peut en parler avec Julien et reconnaître ses excès d’un jour, elle peut ne pas tomber dans la dépendance et retrouver d’elle-même une attitude saine par rapport à l’alcool.

Mais il se peut que Sabine soit plus « accroc » que cela, et dans ce cas Julien pourra se poser des questions sur sa consommation effective. Une femme ne devrait pas boire plus de deux verres de vin par jour : au-delà, elle se met en danger. Si Sabine dépasse souvent cette quantité, si elle peut difficilement se passer de boire durant une journée, si boire devient une obsession et la rend agressive et nerveuse, si à la moindre broutille elle se met en colère, Julien peut à juste titre s’inquiéter. Quand la dépendance à l’alcool est instal­lée, la situation se détériore rapidement et le malade peut rester dans le déni durant des années, l’entourage aussi.

Car il est très difficile d’admettre que la personne que l’on aime le plus au monde, époux(se), enfant, parent, est malade de
l’alcool. Beaucoup ne veulent pas voir, trouvent des excuses à des bouteilles trop vite finies, reprennent espoir quand la per­sonne aimée ne boit pas durant quelques jours, quand celle-ci redevient, pour un temps, la personne merveilleuse qu’ils ont connue. Comment ne pas croire que l’amour porté pourra être le plus fort ? C’est bien sou­vent ce qui traverse l’esprit des conjoints de malades alcooli­ques et c’est cette attitude qui les fait supporter durant de longues années parfois les pires violences.

Juger et surveiller : les écueils à éviter

Si donc Julien s’inquiète à juste titre pour Sabine, plusieurs solutions s’offrent à lui. Il peut lui parler calmement, sans avoir l’air de lui faire de reproche, aborder avec elle son souci et le lui présenter comme tel : « Je me fais du souci, tu bois trop, je te trouve nerveuse, irritable, tu as changé. » Si le courage lui manque, car il est très difficile entre conjoints d’aborder le sujet de front, il peut demander à un proche que Sabine respecte de lui parler. Cela peut être un ami, un frère, un médecin. Si Sabine nie et s’emporte, si sa consommation reste la même, si elle boit en cachette (ce que beaucoup de conjoints ne veulent pas admettre), il est urgent pour Julien de trouver de l’aide pour ne pas sombrer dans la culpabilité et l’obses­sion : compter le nombre de verres ingur­gités, jeter les boissons dans l’évier, fouiller la maison à la recherche de bouteilles cachées, tendre l’oreille pour guetter des pas plus ou moins incertains. Aucun pro­che n’est à l’abri de cette tentation : aider la personne aimée à arrêter de boire. C’est une anxiété terrible qui rejaillit sur les enfants et finit par empoisonner le climat familial.

Se faire aider soi-même, ce n’est pas abandonner l’autre

Parler à son médecin est déjà un pre­mier pas. Julien peut aussi, si la situation n’évolue pas, rejoindre une association. Il y trouvera une écoute, des groupes de parole. Ce n’est pas abandonner l’autre que de se faire aider soi-même, que de refuser d’en­trer dans une spirale qui risque de vous démolir.
Dans un premier temps, Julien appren­dra donc peut-être à parler de lui et à com­prendre qu’il n’est pas responsable de l’al­coolisme de Sabine, qu’il n’a rien « raté » et que l’alcoolisme est une maladie dont on ne peut guérir que si la personne malade décide elle-même de se prendre en main. Ensuite, fort de cette prise de conscience, il pourra se tourner vers Sabine et l’aider.

Car il ne sert à rien de juger ou de reje­ter la personne alcoolique. Elle attend au contraire respect, accueil, aide effective et affective. Elle aussi vit un vrai calvaire, fait de honte, de dissimulation. Aussi faut-il éviter de l’étiqueter comme telle (la stig­matiser), ce qui risque de la désespérer, de l’enfoncer plus encore. Mais il s’agit au contraire de lui faire confiance, de la sou­tenir avec patience et de l’aider à retrou­ver, si possible, sa liberté perdue, tout en lui laissant l’entière responsabilité de son état. Il est fort possible que l’alcoolisation de Sabine, comme chez beaucoup de fem­mes, réponde davantage à un mal-être per­sonnel qu’à des raisons sociales et qu’elle acceptera avec plus de courage qu’un homme de consulter. Peut-être aussi, comme bien d’autres encore, saura-t-elle se prendre en main, avec détermination, pour accepter les consultations, les suivis de groupes d’entraide.
L’essentiel semble ainsi reposer sur la prise de conscience du risque que fait cou­rir une consommation d’alcool, même si elle semble relativement modérée, et de chercher un soutien.

Sophie de Villeneuve ("Croire aujourd’hui" N° 265 de Mars 2010)

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