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La léproserie de Madjré a 40 ans
Article mis en ligne le 21 février 2009
dernière modification le 5 février 2013
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40 ans de Madjrè

Faisant suite à la 56ème journée mondiale des lépreux et à la visite de la léproserie de Madjré, nous vous proposons l’article paru dans le N°979 du 30 janvier 2009 de l’hebdomadaire La Croix du Bénin.

40 ans de Madjré
"La lèpre ne tue pas, elle exclut."

Samedi 24 janvier. Quelques centaines de personnes venues de Dogbo, de Cotonou, de Porto-Novo, du Togo et du Nigeria ont entouré les malades et les sœurs Servantes de la lumière du Christ de la léproserie de Madjrè, un petit village situé dans la commune de Dogbo. Tout ce monde vient fêter dans la liesse un double événement : la 56e journée mondiale des lépreux et le 40e anniversaire de l’inauguration du centre de traitement anti lèpre.

La cinquantaine, arborant le tissu confectionné pour la circonstance, boîtant légèrement à cause des séquelles de la lèpre, Daassi se hâte pour prendre place sous les bâches dans la cours de l’école primaire ; il sonnait 9h. Sur son visage, la joie de retrouver le centre qui l’a guérie est perceptible. Elle ne s’en cache pas d’ailleurs : « J’ai été admise dans ce centre pendant que les blancs étaient encore là. Et ils m’ont guérie de la lèpre dont je souffrais. Je suis venue aujourd’hui fêter avec mes sœurs et frères malades qui y sont encore ». Comme Daassi, ils sont, à en croire le Secrétaire général du préfet des Départements Mono/Couffo, 1797 malades qui sont passés par le centre de Madjrè de 1969 à 2008. Sur ce nombre, 1582 d’entre eux sont déjà guéris. Et pour en arriver là, il a fallu des pionniers comme le Cardinal Bernardin Gantin alors archevêque de Cotonou, Mgr Christophe Adimou, ancien évêque de Lokossa, tous deux de vénérée mémoire et le père Louis Marie Moreau, vicaire général du diocèse de Djougou, aujourd’hui présent aux manifestations. En effet, le centre de traitement anti lèpre de Madjrè existait bien avant les années 1968. C’est au cours d’une de ses visites que le père Louis Marie Moreau, alors curé de la paroisse Saint Jean-Baptiste de Dogbo, le découvre. Il en informe le Cardinal Gantin. Ce dernier de commun accord avec Mgr Adimou recherche des subventions pour le centre et une équipe des sœurs hospitalières de Beaune pour s’occuper des lépreux. L’une de ces religieuses dévouées au service des malades du centre de Madjrè, sœur Madeleine Large, 98 ans aujourd’hui, a même contracté la lèpre. Malgré cette maladie, elle continue de travailler de ses mains pour des ventes de charité.

Pour Mgr Victor Agbanou, évêque de Lokossa, ce samedi 24 janvier est donc un jour d’action de grâce, de souvenirs et d’évocation ; les photos accrochées pour la circonstance sont éloquentes et attestent que les bienfaits des justes ne seront jamais perdus. La sœur Rachel Togbé, responsable du centre dira : « Très cher père Moreau, nous célébrons aujourd’hui avec vous vos souvenirs ! Ceux de vos visites aux malades lépreux qui, en ce temps-là, vivaient dans des conditions hygiéniques désastreuses, ceux de votre élan de solidarité créatrice qui vous fit prendre tant de peine aux côtés de Mgr Adimou pour que les lépreux puissent être mieux logés et reçoivent des soins médicaux adéquats. Tout cela fut fait grâce aux multiples dons du Cardinal Léger, de la fondation Raoul Follereau, du Vatican et des bienfaiteurs de France ». L’aide de l’ancien ministre Adrien Dégbey de regrettée mémoire a été également déterminante dans la restauration de ce centre. Et on ne saurait oublier les premières religieuses venues se mettre au service des lépreux dans des conditions difficiles : Sœur Suzanne Liabot, de vénérée mémoire, les sœurs Alberte Leblanc, Josette Leclin et Madeleine Large. Leur relais assuré aujourd’hui par les Sœurs Servantes de la Lumière du Christ rassure les malades. D’où le motif de joie et d’action de grâce pour les 38 malades internes que compte présentement le centre.

La messe d’action de grâce, présidée par Mgr Agbanou a été concélébrée par une vingtaine de prêtres. Elle a mobilisé autour des malades plusieurs dizaines de personnes : parents, amis, autorités.

S’adressant à la foule, Mgr Agbanou a fait remarquer que c’est une chance d’avoir autour de nous des pauvres que nous pouvons aider. Il a indiqué que les bienfaits ne disparaissent jamais avant d’exhorter les fidèles à se mettre sur les chemins des pauvres à l’instar de ceux qui nous ont précédé. Car nul n’a le droit d’être heureux tout seul comme l’a si bien compris Raoul Follereau qui a fondé une institution pour partager avec les lépreux la joie et l’espoir de vivre. M Michel Recipon, représentant la fondation à Madjrè, rappelle que la lèpre ne tue pas. Mais elle exclut et entraîne des conséquences sociales dramatiques. Selon les statistiques actuelles de la fondation Raoul Follereau, une personne est touchée par la lèpre dans le monde toutes les 3 minutes. C’est un enfant qui est atteint toutes les 30 minutes dans le monde. Mais les actions menées par la Fondation ont largement participé au recul spectaculaire de la maladie. Il urge donc de le faire savoir afin de lutter contre l’exclusion des lépreux et de participer à leur réinsertion. Car vivre, c’est aider les autres à vivre et contribuer à bâtir un monde juste et plus humain.

Cette joie, on la lisait sur le visage des malades ce matin du 24 janvier 2009. Très heureuse, Véronique Gbado Akpisso semait la joie autour d’elle avec des slogans repris en chœur par les autres lépreux. Agée de 70 ans environ, elle est originaire d’Akodéha et mère de 3 filles. Elle a été conduite au centre de traitement anti lèpre depuis 6 ans par le père Antonio. Sieur Da Mèvogbè du Togo est revenu par deux fois au centre et se sent mieux à présent.

Au terme de l’Eucharistie, différents messages ont loué la qualité du travail accompli par les sœurs Servantes de la Lumière du Christ dans ce centre pour faire reculer la lèpre. Ils ont également mentionné quelques difficultés rencontrées dans l’accomplissement de cette œuvre : manque de matériels adéquats, absence d’énergie électrique etc.
L’émotion était à son comble à la remise de prix aux lépreux. La première lépreuse a été admise au centre de Madjrè en 1939. Elle était une jeune fille en ce moment. Aujourd’hui, elle a environ 85 ans. Il s’agit de Dame Mixohoun Chodoè de Dévey, village situé à 12km de Dogbo. Elle s’est mariée à un autre lépreux originaire de Djakotomey et ils ont eu un fils. Elle a donc reçu une enveloppe. D’autres lépreux ont reçu des tricycles faisant éclater leur joie par des démonstrations sous les acclamations du public.

Les manifestations ont pris fin dans la soirée par une réjouissance populaire et le partage de repas avec les malades.

Alain Sessou et
Sr Valérie Zinsou

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