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La violence en face
Article mis en ligne le 23 août 2010
dernière modification le 5 février 2013
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Voici un article de Jean-Claude Guillebaud dans l’hebdomadaire "LA VIE" du 29 juillet 2010

À Grenoble, des voyous tirent à balles réelles sur les forces de l’ordre. Dans le Loir-et-Cher, un groupe d’hommes cagoulés assiège une gendarmerie. Une fois encore, les Français ont res­senti le même effroi devant cette violence de plus en plus extrême. Pour tenter d’analyser cela, on peut réagir de deux façons bien différentes. La première vise le court terme et les aspects politi­ciens du phénomène : le reposi­tionnement sécuritaire de Nico­las Sarkozy et le bénéfice à engran­ger pour le Front national...

On peut aussi prendre un peu de hauteur. La violence n’est pas seulement un « problème » d’ac­tualité. C’est aussi, au sens strict du terme, une énigme anthropo­logique dont la permanence est avérée. Elle habite la commu­nauté des hommes depuis l’ori­gine du monde. La violence rôde entre nous depuis toujours, pro­liférante, multiforme, sans cesse à conjurer, à refouler, à contenir. Elle resurgit, toujours, sous des formes changeantes. Toutes les sociétés humaines, toutes les cultures s’emploient donc - en permanence - au même effort, toujours recommencé : appri­voiser et codifier la violence qui les habite pour en limiter les effets dévastateurs. À elle seule, la police n’y suffit jamais. Des choses aussi complémentaires que le droit, la morale, la poli­tesse, la civilité obéissent à ce même souci.

Comprises ainsi, ni la politi­que, ni l’explication sociale ou psychologique ne suffisent à rendre compte de cette réalité. Celle-là même dont nous pen­sons parfois, paresseusement, qu’elle ne concerne que « l’autre » ou « les autres ». Sur ce terrain, nous devrions être moins abrup­tement moralisateur. Qui peut se prétendre à l’abri du risque : suc­comber soi-même à l’engrenage de la violence. On songe à cette phrase lucide de Thérèse de Lisieux : « Nous sommes tous capables de tout. »
Nos sociétés libérales et ouver­tes ont plus de mal que les autres à contenir une violence qui, sans morale commune et sans vraie civilité, fuse de partout. De là vient ce sentiment d’insécurité, qui nous conduit parfois à regret­ter les sociétés autoritaires que nous imaginons mieux « tenues ». Nous avons tort. Elles sont peut-être plus calmes, mais plus oppressantes, stables, mais tota­litaires. La violence refoulée et la colère sociale interdite finissent tôt ou tard par jaillir sous forme de crise ou de révolution, ce qui réamorce parfois le cycle de la terreur et de la répression.

Aucun État fort ne peut suf­fire, au bout du compte, à régler la question. Une autre sorte d’effort est nécessaire, plus intérieur, plus personnel. La violence n’est pas seulement extérieure à chacun de nous. Elle vient aussi du dedans et retourne, sans cesse, s’y dissi­muler. C’est dire à quel point elle est aussi, assez mystérieuse­ment, « notre » affaire.

jc.guillebaud@lavie.fr

La Vie - 29 juillet 2010

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