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Prendre soin de son couple
Article mis en ligne le 22 juin 2011
dernière modification le 7 août 2011
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Nicole Jeammet : Maître de conférences en psychopathologie à l’université Paris-V jusqu’en 2oo6, elle enseigne aujourd’hui au Centre Sèvres (jésuite), à Paris.
Psychanalyste formée à la théologie, Nicole ]eammet revisite pour Panorama l’amour et la sexualité dans le couple à travers le Cantique des Cantiques, poème d’amour de Dieu pour son peuple. Entretien.

Cet été je prends soin de mon couple

Panorama : La pause de l’été est souvent un temps pour se retrouver en famille, mais aussi en couple. Comment prendre soin de son couple, notamment quand il faut réconcilier le corps avec les sentiments, la sexualité et l’amour partagé ?

Nicole Jeammet : Je parlerais d’abord de la tendresse, car la tendresse, c’est ce sentiment d’affection qui vous porte vers l’autre sans revendiquer aucun « droit » par rapport à lui ou à elle. Ainsi, quand on passe du temps ensemble, notamment pendant les vacances, ce qui est
important, c’est justement de laisser l’autre libre d’avoir des élans ou de ne pas en avoir... Élans sensuels, sexuels, élans de tendresse qui se marient avec la sexualité, tant mieux ! Mais il y a aussi des moments où l’on n’a pas envie de faire l’amour et c’est normal. Ce n’est donc pas parce que l’on va passer des vacances ensemble qu’il va falloir s’imposer un programme amoureux intensif, en désirant à tout prix un plaisir érotique chaque jour. La revendication amoureuse tue l’amour. L’autre n’est pas à « ma » disposition permanente et réciproquement, même si, à certains moments, l’amour voudra justement que je fasse passer le désir de l’autre avant le mien.

Vous évoquez là une sexualité qui a du mal à être toujours partagée ? Oui, à certains moments, la sexualité a du mal à être partagée, l’un vivant la relation sexuelle avec une intensité plus forte que l’autre. Il va même falloir que « je » puisse supporter de ne pas me sentir aimé(e) à certains moments, mais cela ne veut pas dire que je ne le suis pas. Mais, plus simplement, l’accord ne se décrète pas. Ne serait-ce que parce que l’un rencontre des problèmes dans son travail, des soucis de famille ou qu’un enfant est malade... La disponibilité du corps est moindre et il est important, alors, d’être revalorisé dans le regard de quelqu’un.

Comme redire à l’autre qu’elle est belle ou qu’il est beau à nos yeux ? Tout se construit dans la relation à l’autre. De la même manière que le bébé a besoin de voir dans le visage de sa mère qu’il est important pour elle, nous avons besoin de voir que l’autre est amoureux, que l’autre nous trouve intéressant(e). Pour pouvoir vivre une sexualité dans un amour partagé, il faut pouvoir se penser un minimum aimable, un minimum digne d’être aimé(e). Regardez le début du Cantique des Cantiques, dans la Bible : la femme doute de sa capacité à être aimable et c’est parce que quelqu’un lui dit qu’elle est belle qu’elle va se voir belle.

Vous considérez le « Cantique » comme transposable à une vie de couple d’aujourd’hui ? Tout à fait. D’ailleurs, ce qui est moderne dans le Cantique des Cantiques, c’est que la sexualité y existe pour elle-même ; les amants ne sont pas mariés et ils n’ont pas d’enfants, donc ici la sexualité ne sert pas d’abord la fécondité... Les chants d’amour du « Cantique » que je présente dans mon ouvrage « Amour, sexualité, tendresse... » témoignent du mariage sexualité-tendresse. Ils sont une belle évocation de ce que j’appelle « l’amour de mutualité dans le couple ».

Sur quoi repose cet « amour de mutualité » ? Dans l’amour de mutualité, il y a d’abord la rencontre qui ouvre une histoire que l’on va construire ensemble. L’autre me « découvre » à moi-même, et réciproquement. Mais il a d’abord besoin de se vivre unique, merveilleux dans le regard de l’autre ; comme dans le prologue du « Cantique » où cette totale réciprocité se vit à travers tous les sens, aussi bien le toucher, la vue, l’odorat que l’ouïe et le goût. Seule cette illusion vécue permettra d’accepter la suite, c’est-à-dire le « désillusionnement » : l’autre n’est pas tout merveilleux et moi non plus. Après le plaisir, la souffrance d’une inévitable déception. Et c’est dans ce douloureux travail de « désillusionnement » que, peu à peu, je vais apprendre à accepter que l’autre ne soit pas à moi, qu’il soit libre. Du coup, moi aussi je conquiers ma liberté. Je peux désirer celui – celle – que j’aime sans avoir besoin de le – la – posséder.

Quand l’amour devient-il partagé ? Après tout un travail intérieur de prise de conscience de ce que l’on vit, en mettant des mots sur ce que l’on ressent de joie et de peine afin de comprendre pourquoi il ou elle est important(e) pour moi, dans ma vie. C’est seulement à partir de là que l’on se retrouve et que l’on peut, comme dans le « Cantique », passer d’un besoin d’agrippement, « Mon bien aimé est à moi », à un abandon de soi : « Je suis à mon bien-aimé. » C’est seulement après cette « remise de soi » que pour la première fois dans le « Cantique » l’histoire du couple se construit au futur. L’avenir s’ouvre. Tout cela est tout à fait transposable à ce que l’on peut vivre dans un couple aujourd’hui.

Comment cultiver cet amour qui réconcilie corps et sentiments ? C’est d’abord tout un apprentissage de ce qui est le mieux dans mon couple et qui n’est pas transposable au couple d’à côté. J’ai des sensualités qui ne sont pas celles de ma voisine et mon mari aussi a des façons de caresser ou d’avoir du plaisir qui lui sont personnelles. Il y a donc tout un travail de renonce¬ment dans l’amour de mutualité qui va de concert avec le bonheur et la force du plaisir. Car dans ce domaine, nous avons aussi des idées toutes faites, relayées par les médias. En effet, on peut aussi se trouver des temps de plaisir ensemble qui ne se résument pas seulement à faire l’amour. Tout ce qui montre à l’autre que je le prends en compte dans ses goûts nourrit l’amour. Il faut aussi pouvoir se donner le temps de parler de choses et d’autres, de marcher ensemble, d’aller au cinéma, etc. Les vacances sont propices à ces retrouvailles. Sans le dire, sans injonction ou revendication parlée... tout en nuance et en tendresse, voilà qu’on goûte à nouveau le plaisir d’être ensemble et qu’on se redécouvre amoureux.

RECUEILLI PAR ANNE RICOU ("Panorama" Juillet – août 2009)
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