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"Quand le silence nous parle"
La Croix du 9 janvier 2010
Article mis en ligne le 14 janvier 2010
dernière modification le 5 février 2013
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Quand le silence nous parle

Quand le silence intérieur se fait, c’est alors que Dieu parle au cœur. Ce qu’il murmure est sans doute de l’ordre de l’indicible. Souvent aussi, Dieu se tait. Mais avoir attendu sa parole est porteur d’espérance

Forêt de la Sainte-Baume, près du monastère dominicain du même non, à Aups, dans le Var (CIRIC/LATOUR).

Les journées saturées de bruits, d’informations, de communications, de mouvements, d’obligations de toutes sortes laissent peu de temps et d’espace au silence. Et pourtant, la soif de silence est bien réelle. Heureuse et têtue. Elle conduit les pèlerins sur les chemins de Compostelle ou d’ailleurs. Elle mène les assoiffés d’intériorité vers les lieux spirituels que sont les monastères, les sanctuaires ou les lieux de retraite. Elle fait le succès des sagesses qui proposent des méthodes (postures, mantras, méditation) aidant à faire silence et celui, inattendu, du film de Philip Gröning, Le grand silence .

Mais de quel silence s’agit-il ? Le dictionnaire définit simplement le silence comme l’absence de bruit, de parole. Chacun sait pourtant combien le silence est multiple. Il peut être imposé, comme par exemple dans une bibliothèque ou une salle d’examen. Il peut aussi s’imposer à la manière des points de ponctuation.

Nécessaire au travail de la pensée, il féconde la capacité de jugement, aiguise la conscience et le discernement. Il est le fond sur lequel le peintre dialogue avec la toile vierge. Il a une place éminente pour le musicien dont l’art consiste à faire tinter le silence, et pour les poètes et les écrivains à l’écoute des subtiles résonances qui murmurent dans les mots qu’ils entrelacent de silence.

L’immense espace du dedans
« C’est ainsi que je veux écrire, notait Etty Hillesum dans le journal qu’elle tint durant les deux années précédant sa déportation à Auschwitz, après avoir contemplé des estampes japonaises (1). Avec autant d’espace autour de peu de mots. Je hais l’excès de mots. Je voudrais n’écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer le silence. En réalité les mots doivent accentuer le silence. Comme cette estampe avec une branche fleurie dans un angle inférieur. (…) Les mots ne devraient servir qu’à donner au silence sa forme et ses limites. »

Mais le silence peut aussi être pesant, oppressant. Trop-plein d’abîme et d’obscurité. De solitude, d’ennui, de désamour, de souffrance, physique ou psychique. Heureusement, demeurent tous ces silences précieux et irremplaçables, qui disent le respect, le courage, la solidarité, ou plus simplement quelque chose de la joie et de la paix de contempler ou d’être ensemble, et qui, dans un même mouvement, se déploient et se partagent.

Le silence que recherchent les « chercheurs de sens » est d’une autre nature. Il est intérieur. Au plus profond de soi. Et ne vit que d’être entendu. Pour certains, ce silence est l’immense espace du dedans où la présence de Dieu cherche la leur.

« L’écoute de Dieu exige, nourrit et sauvegarde le silence »
C’est l’expérience inaugurée par Élie au mont Horeb (1R 19). Fuyant la cruauté de la reine Jézabel, idolâtre de Baal, Élie s’était rendu au désert où il s’était couché avec le désir de mourir. Mais un ange l’avait sommé de se remettre en route. Il avait alors marché « quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, le mont Horeb ». Là-haut, avaient éclaté coup sur coup un grand ouragan, un séisme, un feu violent. Et chaque fois, Dieu ne s’y trouvait pas. C’est alors, alors seulement, qu’Élie, exténué par la marche et le jeûne, avait perçu le bruit d’une brise légère, « une voix de fin silence ». Dieu.

« Il n’y a pas ici de silence absolu ni de paroles vives et abruptes, mais des paroles habillées de silence, commentait Monique Lise Cohen, philosophe juive et écrivain, lors de la 10e rencontre interreligieuse (2) organisée au monastère sainte-Scholastique d’Urt (Pyrénées-Atlantiques) les 7-8 novembre derniers, sur le thème du silence. Ou plus exactement une voix d’abord, à la limite du silence, qui ouvre l’écoute du prophète à la parole divine. »

Au cours des siècles, tous les grands mystiques ont vécu, ailleurs et autrement, cette expérience. « Va là où tu ne peux, regarde où tu ne vois ; écoute où rien ne bruit ni ne sonne, alors tu es où parle Dieu », écrit Angelus Silesius dans La rose est sans pourquoi. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui se mettent à l’écoute du souffle ténu, presque imperceptible de Dieu. « Le silence de l’écoute est l’attitude fondamentale du moine, expliquait ainsi Sœur Marie, bénédictine d’Urt, lors de cette même rencontre. Le premier mot de la Règle de saint Benoît est Ausculta (Écoute). L’écoute de Dieu, de sa parole, exige, nourrit et sauvegarde le silence. »

« Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Reste que ce silence « en » et « avec » Dieu n’est pas donné d’avance. Et que nul ne peut le contraindre à s’établir. « On ne peut que se mettre en condition de le recevoir, en état de disponibilité et d’hospitalité intérieure, ce qui nécessite beaucoup d’attention et de persévérance, et surtout d’humilité », précisait à Urt l’écrivain Sylvie Germain, auteur notamment des échos du silence (DDB) : « Humilité d’un retrait de soi à opérer au-dedans de soi-même, d’un long évidement de son « moi », d’un grand allègement de son esprit à désencombrer et de ses sens à épurer et aiguiser à la fois. Le silence, pour advenir et se déployer, a besoin d’espace, d’un vaste et calme espace intérieur, il ne supporte aucune pression. »

Rencontre-t-on toujours Dieu dans le silence ? C’est, d’une certaine manière, sans garantie. Dans son approche sans fin de Dieu, le cœur écoutant affronte aussi, et parfois intensément, le silence de Dieu, voire l’absence radicale de Dieu. Au mont des Oliviers, le Christ a été confronté à cet absolu du silence de Dieu et sur la croix, il a posé comme Job, comme les prophètes et les psalmistes aux heures de détresse, cette question : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Dans le brouillard d’une foi qui se cherche
Thérèse de Lisieux, après avoir « joui d’une foi si vive, si claire », endura sans faillir cette nuit du néant. De nombreux juifs, pendant la Shoah interpellèrent sans relâche Dieu – lequel resta sourd à leurs appels.

« Le silence de Dieu est nommé à l’époque du déferlement de la cruauté des hommes, dans les temps de persécutions, notait à ce propos Monique Lise Cohen. Le silence de Dieu est alors tel que l’on ne peut même plus l’invoquer. Mais c’est ce que voulaient les bourreaux et les persécuteurs : anéantir la parole (humaine/divine), réduire les hommes en esclavage, les réduire au silence. » Elle ajoutait : « L’homme est un souffle qui parle. Dieu a créé le monde par sa parole. Il n’y a que les dictatures et les gnoses qui appellent au silence comme à un retour au tohu-bohu, au terrifiant silence des ténèbres d’avant la parole de Dieu. »

Ces propos expliquent peut-être pourquoi, indéfiniment, et souvent malgré leur désarroi, des croyants, mais aussi des hommes et des femmes qui vivent dans le brouillard d’une foi qui se cherche, se remettent avec patience et courage à l’écoute de la Parole de Dieu – Ancien et Nouveau Testament – et de sa résonance avec leur propre vie, leur propre humanité. En attente et en désir patient d’une « voix de fin silence ». Comme le disait l’un des participants de la rencontre d’Urt : « Ce n’est pas parce que je n’entends pas Dieu me parler qu’il a renoncé à s’adresser à moi…. »

Martine de SAUTO

(1) Une vie bouleversée, Points Seuil.
(2) Certaines des interventions sont sur le site des abbayes de Belloc et Urt : target="_blank">http://www.belloc-urt.com

La Croix 09.01.2010

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