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Refuser la prostitution, une démarche citoyenne, une démarche évangélique (témoignage)
Article mis en ligne le 13 avril 2011
dernière modification le 5 février 2013
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« Nous religieuses, religieux, nous croyons en la dignité de toute personne et nous dénonçons ce qui l’abîme. »cf. Parole d’année FEDEAR 2010/2011.
L’esclavage est aboli, et la prostitution ? Telle est la question dérangeante que le Mouvement du Nid, mouvement d’Église et reconnu d’utilité publique, pose et repose inlassablement.

La conviction profonde du mouvement, est que la prostitution est une atteinte aux Droits de l’Homme. Ni mal nécessaire ou fatalité, elle peut et doit disparaître, comme l’a été l’esclavage.
Depuis plus de 60 ans, sans bruit, sans publicité, les militants du Nid vont à la rencontre des personnes qui se prostituent sur les lieux mêmes de leur activité : la rue le plus souvent.
Cette démarche originale est aussi l’un des fondements du Mouvement au même titre que la sensibilisation de l’opinion et des pouvoirs publics, ainsi que l’action sur les causes et les conséquences de la réalité prostitutionnelle.

Lieu de rencontre, de sensibilisation et d’action, le Mouvement du Nid s’enracine dans l’Évangile et son message : construire un monde plus juste et plus fraternel, sans prostitution, sans esclavage.
Engagée depuis plusieurs années dans cette démarche, je participe avec d’autres militants, chrétiens ou non, à la rencontre de ces jeunes femmes pour la grande majorité d’origine africaine... Notre action se déroule sur la ville de Nantes qui a connu à son époque la traite négrière.
Aller la nuit à la rencontre des femmes : Pourquoi ? Pour quoi faire ?
La rencontre des personnes prostituées est une démarche essentielle du Mouvement du Nid.
Il s’agit d’aller les rejoindre, ce ne sont pas elles qui viennent vers nous, d’entrer en communication, d’établir une relation, de créer un lien au fil des contacts.
S’arrêter, les saluer, ne pas s’imposer, mais porter sur elles un autre regard que celui qu’elles subissent en permanence, à savoir celui du mépris ou d’objet sexuel.

Le trottoir est leur territoire, alors il y a une frontière à franchir... savoir attendre pour avancer vers elles.
Une rencontre n’est jamais neutre, il va falloir s’apprivoiser mutuellement, parfois accepter un refus, puis tenter un nouveau contact une autre fois... renoncer à une conversation amorcée lorsqu’un client arrive.

Mais comment est-il possible d’entrer en relation, en conversation avec des femmes étrangères ? Nous-mêmes, nous sommes des étrangers pour elles ! Tant de choses nous séparent et peuvent être des obstacles, d’abord la langue. Pour les jeunes Nigérianes, elles s’expriment en anglais, d’autres parlent un français approximatif. Je ne parle pas anglais et plusieurs parmi les militants sont dans la même situation. Dans la mesure du possible, nous essayons de faire des binômes où l’un de nous parle anglais. Durant une conversation, il est aussi très frustrant pour l’autre accompagnateur de ne rien comprendre de ce qui se dit. On peut cependant observer autre chose et communiquer autrement que par la parole : des regards s’échangent... des sourires aussi. Nous sommes témoins de soupirs, de larmes qui coulent. Elles sont habitées par la peur de l’agression verbale et physique, de la part des passants, des clients ou des proxénètes. Le monde de la prostitution est un lieu de violence sans nom.

La rencontre est vraiment gratuite dans le sens où nous venons vers elles, les mains vides. Nous n’avons rien à offrir sinon du respect, de la compassion et de l’amitié... pas de jugement de notre part. Notre attitude se veut un message d’espoir : « tu vaux mieux que ce que tu fais » en souhaitant que très vite, la jeune femme que nous rencontrons et toutes les femmes de par le monde qui connaissent la même situation se libèrent et redressent la tête. C’est une démarche de vie sur des lieux de mort.

En tant que femme et religieuse, je trouve important d’être dans le Mouvement du Nid qui me fait rencontrer des personnes marginalisées, exclues, exploitées, dont la vie a été brisée le jour où elles sont devenues les victimes d’un système infernal. Ces rencontres, toujours en équipe, me font découvrir une réalité de la mondialisation et de la pauvreté.

Pour moi, ce n’est pas toujours facile d’aller la nuit à la rencontre ; l’âge et la fatigue me ralentissent. Certains jours, je me sentirais même découragée en voyant l’arrivée constante de nouvelles femmes et souvent très jeunes : refaire des liens, ne pas savoir ce que sont devenues celles avec qui nous avons cheminé durant des mois, voire plusieurs années, recevoir des témoignages qui montrent l’amplitude de l’exploitation sexuelle des femmes, des réseaux, au plan international... En équipe, nous éprouvons parfois un sentiment d’impuissance et celui d’un combat perdu. Peut-on vraiment changer quelque chose ? Notre foi chrétienne ou simplement foi en l’homme, pour certains, nous rappelle que jamais rien n’est perdu... ce qui n’est pas « réussi » aujourd’hui pourra l’être demain.

Dans cette mission, je me sais envoyée par ma congrégation et soutenue dans cet engagement qui concerne les femmes victimes de la violence et de l’exploitation, exclues de notre société et parfois de nos églises. D’autres religieuses sont aussi dans le Mouvement, elles pourraient elles aussi témoigner. Nos congrégations à travers leur histoire, ont travaillé à la libération et à la promotion des femmes. Aujourd’hui, c’est une autre manière d’être fidèles à notre charisme, en étant présentes sur ce terrain difficile.

Mon témoignage n’est pas un exposé sur la prostitution, ses causes et ses conséquences. Je partage modestement une petite expérience de la rencontre avec ses difficultés et ses limites, ses interrogations et aussi « des lumières dans la nuit ». Je crois cependant qu’avant toute rencontre à la rue, il faut « s’habiller le cœur », prendre le temps de la prière. Mais la réussite de cette rencontre ne nous appartient pas... Sortir de la prostitution est un labyrinthe et demande beaucoup de temps. Pour des jeunes étrangères, c’est encore plus difficile, sachant qu’elles sont dans des réseaux bien structurés, avec une dette importante à rembourser pour leur billet d’avion, sans papiers pour la plupart, avec la peur des représailles pour leur famille au pays d’origine.
Apprendre un jour que l’une ou l’autre a franchi le pas vers la liberté et la réinsertion, nous encourage dans notre action.
Savoir, que la prostitution est enfin reconnue et intégrée par « le Collectif pour la Grande cause nationale 2010, contre les violences faites aux femmes », peut nous réjouir. Peut-être, avec d’autres, contribuons-nous modestement à ces réussites ?

Marie-Anne Lorand Instruction chrétienne de St Gildas des Bois.

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