Paroisse Ste Marie en Plaine et Marais
Slogan du site

Pour commencer, choisir une rubrique

Synode africain au Vatican
L’Eglise se mobilise pour l’Afrique
Article mis en ligne le 12 octobre 2009
dernière modification le 5 février 2013
logo imprimer
Enregistrer au format PDF

Synode africain au Vatican : l’Eglise se mobilise pour l’Afrique

Alors que s’ouvre à Rome la seconde assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Afrique, enquête dans un continent où l’Église peut jouer un rôle apaisant, en même temps que stimulant pour les droits de l’homme et où ses réponses sont très attendues

Synode après synode, l’Afrique se tourne vers son Église. Pour cette deuxième assemblée, c’est à partir d’un texte sans concessions que les pères synodaux vont travailler. Cet Instrumentum laboris, véritable ordre du jour du Synode, publié à Yaoundé le 19 mars dernier, brosse sans trop de langue de bois un tableau réaliste de la situation, même s’il présente d’étonnantes lacunes concernant, par exemple, le dialogue avec l’islam.

Depuis la première assemblée spéciale du Synode qui lui a été consacrée en 1994, l’Afrique et son Église catholique ont été blessées en leur cœur par le génocide rwandais. Chacun sait que des baptisés, y compris des personnes consacrées et des clercs, ont contribué à l’extermination de leurs frères. Par ailleurs, les crises financières et écologiques, sans oublier le sida, frappent sans ménagement une Afrique toujours très fragile dans ses structures familiales, sociales, économiques.
Ce continent se trouve donc clairement à un kairos, un moment déterminant : « Ce temps est favorable à une réconciliation de chacun avec Dieu et avec les autres, une réconciliation génératrice de justice et de paix », dit l’Instrumentum laboris (n. 146). L’objectif est clair : « que tous nous devenions des hommes nouveaux, capables d’opérer cette pacification de l’Afrique » (n. 47). Benoît XVI l’avait dit aux évêques du Mali, qu’il recevait en 2007 : « L’engagement des fidèles au service de la réconciliation, de la justice et de la paix est un impératif urgent. »

Un rôle apaisant

Sur le plan politique, de grands pas ont été faits. Face à l’instabilité qui caractérise le continent noir, alors que disparaissent les générations postcoloniales, « le désir de l’Église de demeurer impartiale a été reconnu et salué, pendant la période de transition politique dans certains pays, à travers la sollicitation d’évêques pour présider les conférences nationales souveraines et à travers les initiatives prises par les fidèles laïcs pour promouvoir d’authentiques institutions démocratiques » (n. 7).

Il a fallu aussi panser les blessures. Là aussi, l’Église a joué, et peut encore jouer un rôle apaisant, en même temps que stimulant pour les droits de l’homme. « L’exemple de la Commission vérité et réconciliation en Afrique du Sud et ailleurs a réussi à utiliser le modèle traditionnel de l’“arbre à palabre” et des éléments chrétiens, par exemple l’octroi du pardon à celui qui avoue son péché, pour éviter au pays de sombrer dans le chaos » (n. 8).

Le véritable cancer que représente la corruption est évoqué en termes forts, mais c’est surtout sur les terrains minés du tribalisme, voire du racisme que sont attendus les pères synodaux, « pour que l’eau du baptême soit plus forte que le sang » (n. 87).

La montée des "sectes"

La montée des « sectes », d’origine protestante, à visée souvent thaumaturge, est prise en compte et dénoncée : « La grande soif de Dieu s’est manifestée paradoxalement par la prolifération des sectes » (n. 9).

« Dans l’espace public, l’Église catholique est l’objet d’une virulente agressivité de la part des sectes chrétiennes, instrumentalisées par les politiques pour saper les valeurs qu’elle défend : famille, respect de la dignité et de la sacralité de la vie humaine, unité. » Sur ce point, des évêques africains se préparant à participer au Synode se disent plutôt sereins, lucides sur les déficits locaux dans l’annonce de la Bonne Nouvelle, mais attentifs aux retours vers le catholicisme de fidèles déçus par les promesses non tenues des Églises autoproclamées.

L’autosuffisance financière des Églises était l’un des objectifs issus de la précédente assemblée synodale. Mais des diocèses africains, devenus moins dépendants de sources occidentales, ont mis en place de véritables entreprises génératrices de revenus, gérées selon des normes locales peu en rapport avec la doctrine sociale de l’Église, selon « des pratiques et des comportements culturellement admis mais contraires à l’esprit du Christ » (n. 74). Rome a dû parfois hausser le ton et prendre des sanctions sur certains dossiers délicats : « La gestion des biens de l’Église par les pasteurs manque parfois de transparence », note le document de travail (n. 62).

En revanche, les relations avec l’islam ne semblent pas avoir été considérées comme un enjeu essentiel dans les textes parvenus à Rome. Sauf à mentionner la « tendance à la politisation des appartenances religieuses » (n. 102) ou encore les « conflits qu’occasionnent les mariages mixtes ».

La formation, le statut et l’attitude des prêtres seront l’objet d’une attention particulière des pères synodaux : « On souhaite que les évêques nomment des prêtres et des religieux suivant des critères objectifs et non pas ethniques. (…) Un plus grand discernement dans le choix et la formation solide des futurs prêtres et des personnes consacrées s’impose. (…) Il convient en outre que leur formation prenne en considération les défis de la vie réelle des communautés chrétiennes où différentes ethnies, tribus, races et origines sociales sont appelées à vivre unies par la même foi au Christ » (n. 126).

Une trentaine de femmes parmi les experts

La question du célibat ecclésiastique n’est pas mentionnée autrement que par des considérations générales quant au « style de vie » des prêtres. Par ailleurs, le drame des migrations, peu présent dans ce document, touche des millions d’Africains, mais aussi de très nombreux prêtres. Les évêques les voient partir sans en être toujours informés, et les responsables des Églises occidentales doivent les prendre en charge, souvent sans véritable concertation préalable.

Alors que Benoît XVI a nommé une trentaine de femmes parmi les experts et auditeurs invités au Synode, le statut de ces dernières, dans la société comme dans le catholicisme d’Afrique, est dénoncé dans le texte de travail : « Les femmes et les laïcs en général ne sont pas encore pleinement intégrés dans les structures de responsabilité de l’Église. »

Or, dans ce continent, on le sait, les femmes sont à la racine du développement, de la stabilité familiale et, souvent, de l’initiative économique. Mais, « au nom de la culture ou de la tradition ancestrale, la femme est victime des dispositions en matière d’héritage et des rites de veuvage, de la mutilation sexuelle, du mariage forcé, de la polygamie, etc. » (n. 32) Et dans l’Église, on constate des « expériences qui sont contraires à la justice : dans la collaboration avec les femmes, celles-ci sont souvent réduites à un rang inférieur » (n. 62). C’est pourquoi « le rôle des femmes serait plus efficace si l’Église famille leur confiait une mission plus visible ou les impliquait de manière plus franche, car elles humaniseraient bien davantage les sociétés africaines ».

De même, les laïcs, et notamment les catéchistes, ces « hérauts de l’Évangile » : « Il convient de leur donner une solide formation et une juste rémunération pour qu’ils puissent prendre dignement soin de leur famille et assurer la scolarité de leurs enfants », exhorte l’Instrumentum laboris (n. 116).

Frédéric MOUNIER, à Rome

La Croix du 02.10.09

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Retour aux autres articles


Forum
Répondre à cet article


puceArchives puceEspace rédacteurs puce



2008-2017 © Paroisse Ste Marie en Plaine et Marais - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.48