ÊTRE EN COMMUNION LES UNS AVEC LES AUTRES ET AVEC LE CHRIST RESSUSCITÉ
HOMÉLIE PÂQUES 2020
Article mis en ligne le 11 avril 2020

par Thierry Piet

ÊTRE EN COMMUNION LES UNS AVEC LES AUTRES ET AVEC LE CHRIST RESSUSCITÉ

HOMÉLIE PÂQUES 2020

Cette année, nous n’avons pas eu la joie
-  de nous rassembler autour d’un feu sur la place,
-  ni d’entendre l’Exultet retentir sous les voûtes de notre église,
-  ni celui d’écouter ensemble les grands récits de l’Histoire du Salut,
-  ni d’apporter en procession l’eau des baptêmes, (pensons à tous les catéchumènes dont le baptême est reporté),
-  ni de communier au Corps du Christ Ressuscité,
-  ni de chanter le double Alléluia à la fin de la célébration.

Nous avons suivi à la radio, à la télévision ou sur internet une veillée pascale,
nous l’avons vécue à la maison avec des bougies à la tombée de la nuit,
nous avons pris les moyens, tout seul ou en famille, d’entrer dans le Mystère de Pâques.

Alors que d’habitude nous allions à l’église
retrouver les personnes que nous connaissons bien,
prier avec une célébration qui nous est servie, à laquelle parfois nous faisons une lecture ou un autre geste,
cette année nous avons choisi d’aller à Rome ou à Paris,
ou encore à Luçon
ou dans telle ou telle communauté paroissiale ou monastique que nous aimons bien ou que nous avons voulu découvrir.

Mais c’est bien avec notre communauté paroissiale que nous aurions voulu vivre et célébrer cette fête de Pâques. Car il n’y a pas de plus grande fête chrétienne que celle de Pâques, même Noël ! D’ailleurs nous ne fêterions pas Noël si Pâques n’avait pas existé, si Christ n’était pas ressuscité.
Voilà pourquoi, il était bien légitime de vouloir retrouver nos amis, nos voisins, nos frères en Christ, cette année encore, pour célébrer le cœur de notre foi : la résurrection de Jésus.

Les circonstances actuelles nous font découvrir la catholicité de l’Église, c’est-à-dire son universalité, par le biais des médias. Ici comme là-bas, chez nous comme ailleurs, c’est la même Église avec des visages différents, des pratiques différentes, des liturgies différentes, et c’est le même Christ qui est ressuscité pour tous et qui fait la communion entre nous. C’est un aspect positif de cette situation, un aspect à (re)découvrir peut-être.

Et ceci, alors que nous sommes désolés d’être privés de la communion eucharistique pour des raisons sanitaires. Mais découvrons que nous ne sommes pas privés de communion pour autant. Communion avec les autres, communion avec le Christ.
Chaque dimanche, il y a deux tables qui nous sont offertes, celle de la Parole et celle de l’Eucharistie…
A ces deux tables, c’est le Christ qui se donne, et par sa Parole et par son Pain de Vie. Il y a donc une communion à la Parole qui est réelle.
Peut-être avez-vous vécu cette communion à la Parole pendant ce carême et ce temps de confinement où à la maison, seul ou en famille, vous avez pris le temps de lire, de méditer, de commenter la Parole de Dieu, voire de la manger.

L’appellation « Maison d’Évangile » trouve ici sa signification profonde.
Le mot « maison » évoque
la famille,
le vivre ensemble,
le partage des repas ensemble jusqu’au partage de la Parole ensemble,
celle de Dieu et la nôtre dans une véritable conversation où on s’écoute.
Je sais que dans certaines familles, on a redécouvert cette dimension tout à la fois humaine et chrétienne
dans l’ordinaire des jours qui se suivent et se ressemblent
et dans de petites célébrations domestiques de la Parole qui rassemblent enfants et parents dans le coin prière spécialement aménagé
pour mettre le Seigneur au cœur de la maison comme au cœur de la vie de chacun.

Rien ne sert d’être en communion avec le monde entier, avec Rome ou Paris, Luçon ou toute autre paroisse ou communauté si on ne l’est pas d’abord avec les siens.
La vie chrétienne ne se rêve pas, ne s’idéalise pas,
elle est à vivre ici et maintenant avec ce que je suis, avec les miens,
avec authenticité et vérité,
et dans les circonstances que la vie parfois nous donne ou nous impose.

Et c’est là que le mot « Évangile » trouve aussi toute sa signification, une « Bonne Nouvelle », La Bonne Nouvelle, le Christ lui-même qu’on acclame, Parole Vivante aujourd’hui.
Quand le prêtre à la fin de la lecture de l’Évangile dit : « Acclamons la Parole de Dieu ! », la réponse que nous donnons est bien « Louange à toi, Seigneur Jésus ! » C’est la Parole Vivante, c’est la Parole du Ressuscité, c’est le Ressuscité lui-même.

De la même manière que nous avons vécu avec difficulté ou avec douleur le carême,
de la même manière il nous faut déceler maintenant (on pourrait écrire desceller) ce qui est germe de résurrection dans nos vies, dans notre entourage, dans notre monde.
Nous ne sommes pas des gens sans espérance.
Nous savons et nous croyons que le Christ est ressuscité,
qu’il est sorti du tombeau
et qu’il est aujourd’hui vivant au milieu de nous.
C’est lui qui nous a aidés à vivre notre carême,
c’est lui qui est à nos côtés dans ce confinement… le Christ souffrant oui,
mais le Christ ressuscité aussi !
N’est-il pas le même ?
Le Ressuscité a gardé la marque des clous. De même, nous qui sommes ressuscités en espérance nous gardons notre part de souffrance, mais cette souffrance a un trouvé un sens.

Alors levons la tête, ouvrons les yeux, ne subissons pas ce temps comme une simple épreuve, une fatalité, encore moins une punition ou un châtiment ! De quoi d’ailleurs ! Vivons-le plutôt comme une grâce.
Regardons ce que nous devenons, ou plutôt ce que le Christ ressuscité nous fait devenir. Il n’a jamais cessé d’être en communion avec nous… Les épreuves nous lavent. Heureux celui qui lave son vêtement dans le sang de l’Agneau !

Alors même si nous ne pouvons pas communier concrètement à son Corps Eucharistique, ne laissons pas mourir le grand désir de communier à lui.
Le désir de communier à Celui qui est toujours en communion avec nous est déjà communion.
Et notre joie sera grande quand, enfin (et c’est une grande espérance !), nous pourrons nous approcher de la table eucharistique entourés de tous nos frères et sœurs.
Je dis bien « enfin » comme j’avais dit « enfin le carême ! » le Mercredi des Cendres. Le mot « enfin » loin de dire « terminons-en » exprime plutôt
ce grand désir de nous convertir à Celui qui a communié à notre humanité en toutes choses, sauf le péché,
ce grand désir de communier à sa divinité, avant-goût de son Royaume où tout est joie, vie et amour, sans barrières de protection, juste ses bras étendus pour nous accueillir personnellement et tous ensemble.

Alors soyons heureux,
soyons joyeux de la joie de Pâques
et que cette joie soit contagieuse. C’est une bonne contagion que celle-ci !
Mais que cette joie ne soit pas insolente,
ne nous fasse pas oublier ceux qui souffrent de la situation présente, de la maladie et toutes les conséquences que nous allons tous connaître pendant des mois.
Trouvons la juste place au milieu de nos frères pour témoigner que Christ est ressuscité.
De même que nous aspirons à être en communion avec lui, notre devoir c’est de l’être aussi avec tous nos frères, c’était l’invitation même qu’il nous a faite le soir du Jeudi Saint.

A tous, bonnes fêtes pascales à vous tous, chers paroissiens et amis,
et demeurons dans la communion que le Christ nous donne de vivre.
Que notre communion soit missionnaire !
Vivons en ressuscités !

Abbé Thierry PIET