Homélie du dimanche 15 novembre 2020
33 èmedimanche temps ordinaire Année A
Article mis en ligne le 15 novembre 2020

par Thierry Piet

Main tendue et cœur ouvert pour partager les talents reçus

Ce dimanche, c’est la quatrième journée mondiale des pauvres. Et je commence par citer longuement le pape François dans son message pour cette journée :
« Tendre la main est un signe : un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour. En ces mois où le monde entier a été submergé par un virus qui a apporté douleur et mort, détresse et égarement, combien de mains tendues nous avons pu voir !
- La main tendue du médecin qui se soucie de chaque patient en essayant de trouver le bon remède.
- La main tendue de l’infirmière et de l’infirmier qui, bien au-delà de leurs horaires de travail, sont restés pour soigner les malades.
- La main tendue de ceux qui travaillent dans l’administration et procurent les moyens de sauver le plus de vies possibles.
- La main tendue du pharmacien exposé à tant de demandes dans un contact risqué avec les gens.
- La main tendue du prêtre qui bénit avec le déchirement au cœur.
- La main tendue du bénévole qui secourt ceux qui vivent dans la rue et qui, en plus de ne pas avoir un toit, n’ont rien à manger.
- La main tendue des hommes et des femmes qui travaillent pour offrir des services essentiels et la sécurité.
- Et combien d’autres mains tendues que nous pourrions décrire jusqu’à en composer une litanie des œuvres de bien.
Toutes ces mains ont défié la contagion et la peur pour apporter soutien et consolation.
Cette pandémie est arrivée à l’improviste et nous a pris au dépourvu, laissant un grand sentiment de désorientation et d’impuissance. Cependant, la main tendue aux pauvres ne vient pas à l’improviste. Elle témoigne de la manière dont on se prépare à reconnaître le pauvre afin de le soutenir dans les temps de nécessité. On n’improvise pas les instruments de miséricorde. Un entraînement quotidien est nécessaire, à partir d’une prise de conscience que nous, les premiers, avons combien besoin d’une main tendue vers nous. »

Texte complet ICI

Le Secours Catholique dont c’est aussi la journée invite à une “ révolution fraternelle”  : « Donnons aux plus fragiles le pouvoir de reprendre leur destin en main. » Ceci résonne avec la nouvelle encyclique du pape François « Tous frères » et avec son message pour la journée qui nous parle de mains.

Nos pauvretés, nous les connaissons, celles des autres et les nôtres, pauvretés de toutes sortes que la crise sanitaire a rendu peut-être plus grandes et plus vives. Regardons nos mains, elles sont ouvertes ou fermées ; considérons notre cœur, il est lui aussi ouvert ou fermé.
Et si chacun prenait le temps, aujourd’hui, dans sa prière, d’énumérer ses pauvretés et ses générosités pour les révéler un peu plus à soi-même et les présenter au Seigneur ?

Mais écoutons d’abord la Parole de Dieu que la liturgie de l’Eglise propose en ce dimanche. Le Seigneur nous confie des talents. Un talent c’est quelque chose que Dieu nous donne pour nous rendre heureux et pour rendre les autres heureux. Les faisons-nous fructifier ou les mettons-nous de côté ? Notre seule richesse c’est le Christ, dit St Paul : brille-t-il dans notre vie plus que tout l’argent qui passe par nos mains ? Faisons-nous passer d’abord nos gémissements sur notre sort avant nos remerciements pour tant de confiance reçue ?

L’homme de la parabole confie tous ses biens. Le Christ – dont cet homme est l’image – ne garde rien pour lui : il confie à l’Église les dons de l’Esprit, la Parole de Dieu, l’eau du baptême et le Pain de l‘Eucharistie, sa vie tout entière qui est amour et charité, don de soi. Ces dons, ces talents, ne peuvent rapporter que dans la mesure où ils sont placés, c’est-à-dire, mis en œuvre communautairement et individuellement.
C’est ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs.
Ce n’est pas ce qu’a fait le troisième. Il a confondu le Royaume de Dieu avec une usine. Il n’a pas estimé à sa juste valeur la confiance du maître. En conséquence il a vécu dans la peur, peur du contrôle, qui l’a complexé, paralysé. De ce que le Maître lui confiait pour le valoriser, il a fait un dépôt mort, qu’il a caché, enfoui. De la sorte, bien sûr, rien ne sera perdu, mais il ne gagnera rien. Il ne risque rien. C’est qu’il n’a pas compris que c’est le Maître qui avait tout risqué. Plus grave, il le prend pour un exploiteur.
Alors le maître le prend au mot : « Puisque tu me croyais tel, n’était-ce pas une raison de plus de travailler pour moi ? C’était logique, étant donné l’image que tu t’es faite de moi. Tu vas être puni, non par moi, mais par où tu as péché toi-même ».

Revenons à ce que nous sommes, à ce nous avons. Ouvrons nos cœurs, ouvrons nos mains.
- Oui, toi qui es enfant et qui va prendre le chemin de l’école demain matin, quel trésor vas-tu emporter dans ton cartable ? La peur d’une nouvelle longue semaine ou la joie de retrouver copains et copines, cette joie que le Seigneur a mis dans ton cœur pour la faire grandir en la partageant ?
- Et toi l’ado qui cherche un sens à ta vie, qui hésite devant une orientation à prendre parce que tu ne sais plus qui tu es, écoute ce qui se passe en ton cœur, le Seigneur y est présent, il a quelque chose à te dire, à te confier parce qu’il est le Dieu de la jeunesse et des projets qui font grandir.
- Et vous les parents, les adultes en général, vous vous demandez si vous allez joindre les deux bouts à la fin du mois, prenez-vous le temps de vous nourrir de la Parole de Dieu au lieu d’être toujours préoccupés par les choses matérielles ? « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Rien ne sert d’amasser, demain le pain sera rassis. C’est chaque jour que le Seigneur donne le pain, c’est-à-dire ce qu’il faut pour vivre. Cette faim que le Seigneur a mis en nous c’est le désir de le rencontrer pour lui demander chaque jour ce qu’il faut pour que nous soyons sans inquiétude démesurée.
- Et vous que le grand âge et la maladie affaiblissent, vous pensez peut-être que vous ne servez plus à grand-chose dans ce monde mécanisé mené par le profit, mais pourquoi vos petits-enfants vous aiment tant ? N’est-ce pas à cause de la tendresse et de la sagesse que vous savez si bien leur donner ? Et d’où viennent cette tendresse et cette sagesse ? Ne serait-ce pas de notre Dieu qui est tout amour et qui sait donner, confier à chacun la part qui lui convient ?

C’est avec une main tendue et un cœur ouvert, que nous ferons fructifier les talents que le Seigneur nous confie.

Abbé Thierry Piet