Homélie de Profession de foi
11e dimanche du Temps ordinaire – Année A
Ex 19, 2-6a ; Mt 9, 36 – 10, 8
Chers jeunes,
aujourd’hui, vous faites votre profession de foi. On pourrait croire que c’est une sorte de "validation" de votre parcours de caté, comme lorsqu’on débloque un niveau dans un jeu vidéo. Mais en réalité, ce n’est pas la fin d’une étape. C’est plutôt un départ.
Dans la première lecture, Dieu dit à son peuple : « Je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle » . Après avoir été esclaves en Égypte, les Israélites découvrent qu’ils ont de la valeur aux yeux de Dieu. Ils ne sont pas des numéros dans une foule. Ils sont un peuple choisi, aimé, appelé.
C’est peut-être la première chose que vous êtes invités à professer aujourd’hui : je crois que je ne suis pas un anonyme ou un nul, je ne suis pas seulement ce que disent les autres de moi, je suis aimé de Dieu.
Dans un monde où les réseaux sociaux nous poussent souvent à mesurer notre valeur au nombre de vues, de likes ou d’abonnés, Dieu nous dit autre chose : « Tu as du prix à mes yeux. »
L’Évangile nous montre Jésus qui regarde les foules. Il ne voit pas seulement une masse anonyme. Il voit des personnes fatiguées, perdues, découragées. Matthieu dit qu’elles étaient « comme des brebis sans berger ». Jésus est bouleversé par leur situation.
Franchement, cette image ressemble parfois à notre actualité.
Beaucoup de jeunes, des adultes aussi, grandissent avec des inquiétudes : les guerres qui continuent dans plusieurs régions du monde, les tensions internationales, la crise écologique, les violences sur les réseaux sociaux, le harcèlement, la solitude malgré l’hyper-connexion. Certains ont des centaines de contacts mais peu de personnes à qui parler quand ça ne va pas.
Face à cela, Jésus ne dit pas : « Tant pis. » Il ne dit pas : « Débrouillez-vous. » Non !
Il appelle des disciples.
Et c’est là que l’Évangile devient surprenant. Jésus ne choisit pas des super-héros. Il ne recrute pas les meilleurs influenceurs de Galilée. Il choisit des gens ordinaires : des pêcheurs, un collecteur d’impôts, des personnalités très différentes. Pourtant il leur confie une mission.
Autrement dit :
Dieu ne cherche pas des personnes parfaites. Il cherche des personnes disponibles. Ce n’est pas tout à fait pareil !
Vous pourriez penser : « Je suis trop jeune. Je ne connais pas assez ma foi. Je fais des erreurs. »
Les apôtres aussi ! Souvenez-vous de l’Apôtre Pierre. Il se croyait fort et plein de générosité, mais il a renié Jésus et il l’a regretté avec ses pleurs.
Pourtant Jésus les envoie. Il leur fait confiance. Il croit en eux.
Aujourd’hui, votre profession de foi n’est pas seulement un « je crois ». C’est aussi un « me voici » à Celui qui croit en vous.
Être chrétien au XXIe siècle, ce n’est pas publier chaque jour une citation religieuse sur Instagram. C’est d’abord vivre l’Évangile.
Quand vous refusez le harcèlement d’un camarade.
Quand vous défendez celui qui est mis à l’écart.
Quand vous choisissez la vérité plutôt que le mensonge.
Quand vous prenez du temps pour quelqu’un qui souffre.
Quand vous apportez de la paix au lieu d’ajouter de la violence.
Là, vous êtes déjà en mission.
Jésus dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
Vous avez reçu l’amour de vos parents, de vos familles, de vos catéchistes, de votre communauté chrétienne. Vous avez reçu la foi comme un cadeau. La profession de foi est le moment où vous dites : « Ce cadeau, je ne vais pas le laisser au fond d’un tiroir. »
Dans quelques années, personne ne se souviendra peut-être de la décoration de cette église ou du repas de fête. Mais vous pourrez vous souvenir d’une chose essentielle : c’est le jour où vous avez décidé de répondre à l’appel du Christ.
Car le monde n’a pas seulement besoin de nouvelles technologies, d’intelligence artificielle ou d’innovations si on ne sait pas en faire un bon usage. Il a surtout besoin de jeunes comme vous capables d’espérer, de croire et d’aimer.
Aujourd’hui, Jésus vous regarde comme il regardait ses disciples.
Il ne vous demande pas d’être extraordinaires.
Il vous demande simplement de lui faire confiance et d’être disponibles pour lui.
Et peut-être que la plus belle profession de foi pourrait se résumer ainsi :
« Seigneur, je ne sais pas tout de toi, loin de là. Mais je sais que tu marches avec moi. Alors je veux avancer avec toi. »
Amen.
Abbé Thierry