Urgence de la conversion et patience de Dieu sans mesure.
« Convertissez-vous, dit le Seigneur, car le Royaume est tout proche. »
C’était le verset de l‘acclamation de l’Évangile. C’est aussi l’invitation forte et urgente que le Seigneur nous adresse aujourd’hui encore. Et nous avons le carême pour nous y employer.
Et en même temps, notre Dieu est patient, lent à la colère et plein de miséricorde, dit le psaume. Alors comment concilier urgence et patience ?
Le Royaume est tout proche. Comment faut-il l’entendre ? Sans doute en termes de lieu et de temps.
De lieu parce que le Royaume est à portée de nos yeux quand nous voyons autour de nous de belles choses qui se réalisent parce qu’elles respirent l’Évangile, parce qu’elles ont goût des valeurs que le Christ nous a transmises, parmi lesquelles les plus grandes : l’amour, la justice et la paix… mais nous voyons bien aussi que ce n’est pas vrai partout… la guerre est revenue… et en chacun de nous d’autres valeurs que celles du Christ prennent place certains jours.
De temps également parce que l’heure approche où le Royaume inauguré par le Christ va se réaliser totalement lorsque le même Christ va revenir pour établir son Règne parmi nous. « Nous attendons ton retour dans la gloire », chantons-nous à chaque eucharistie. Et ce sera l’heure de la moisson, du jugement…
Mais dans cet entre-deux où nous sommes, Dieu est patient, lent à la colère et plein de miséricorde pour que nous changions notre manière de vivre afin d’être pleinement accordés à sa volonté et ainsi prêts à demeurer avec lui dans une pleine fraternité retrouvée.
Jésus, dans la première partie de l‘extrait de l’Évangile de ce dimanche, ne cherche pas à nous faire peur. Les catastrophes de ce monde n’existent pas pour punir qui ce soit, mais elles sont là pour nous rappeler l’urgence de la conversion, pour nous aider à prendre conscience du caractère unique et précieux de la vie… une vie à ne pas gâcher. Notre vie est trop courte pour ne pas être assez grande et belle, et quelle que soit la durée de celle-ci elle est toujours appelée à devenir meilleure en orientant notre cœur vers le Seigneur qui nous donne le sien.
Dieu connait la misère de son peuple, dit le Livre de l’Exode, Il le redit encore aujourd’hui à tous ceux qui fuient leur pays à cause de la guerre. Il le redit à tous ceux qui ont été victimes d’abus dans l’Église – c’est ce dimanche la première journée mémorielle – Il le redit à chacun de nous qui désertons de nous-mêmes pour aller sur des chemins de perdition où notre vie va dessécher…
Mais le Seigneur est toujours là, dans tous ces lieux, dans tous ces chemins, pour nous rechercher, pour nous accompagner, pour marcher avec nous. Vouloir se passer de lui, se croire suffisant et solide, c’est mal nous connaître et c’est mal le connaître, lui, car nous avons besoin de lui comme secours et lui a besoin de nous pour donner tout son amour.
St Paul le rappelle dans sa lettre aux corinthiens en nous demandant de nous souvenir de Moïse et de son peuple, et de ce qui est arrivé à ceux qui n’ont pas plu au Seigneur.
Dieu est patient et nous sommes ces figuiers qui ont du mal à toujours donner de bons fruits. Il ne nous coupe pas pour autant, il ne nous retranche pas, mais il nous laisse une chance pour donner du meilleur fruit à l’avenir.
Vous le voyez, le Seigneur est exigeant et patient tout à la fois. Ce qu’il veut pour nous, c’est un retour total à lui dans une pleine confiance mutuelle… mais pour cela il nous laisse le temps, non pas pour le gaspiller, pour vagabonder, mais pour laisser à l’Esprit d’ajuster notre volonté à celle de Dieu, pour nous laisser attirer à lui et pour vivre de son bonheur.
L’urgence dont nous parle le Christ n’est pas précipitation ni force contraignante, elle est à vivre dans la douce volonté de son amour pour nous… et il nous faut beaucoup de temps pour le comprendre avant de de commencer à le vivre un petit peu.
Oui le Royaume de Dieu est tout proche, dit le Seigneur. Ce serait dommage de passer à côté, de ne pas le voir qui germe déjà, de ne pas travailler à ce qu’il grandisse et de le faire connaître. C’est ce qu’on appelle : travailler à l’œuvre de Dieu.
Urgence et patience ne s’opposent pas quand l’une et l’autre de ces attitudes se vivent dans l’amour de Dieu et le service des frères.
Que cette eucharistie nous donne les moyens d’être patients les uns avec les autres, de nous accueillir et de nous aimer les uns les autres dans notre communauté paroissiale. Ainsi, à l’heure de la nouvelle paroisse dont le nom sera bientôt révélé, nous travaillerons ensemble à l’urgence du Royaume à le révéler à tous ceux vers qui nous sommes envoyés comme disciples-missionnaires. Mais auparavant, convertissons-nous tous les jours au Christ et accueillons l’immense patience de l’amour de Dieu envers nous et envers tous ceux qui ne le connaissent pas encore.